Je suis psychothérapeute et coach de vie. À chaque jour, dans ma pratique, de plus en
plus d’hommes me consultent pour dénouer leurs difficultés relationnelles et apprendre
à se mieux connaître. Cette quête d’identité me touche profondément comme psychothérapeute
et aussi comme femme car j’aime les hommes. Tout simplement. Leur questionnement, leur
cheminement, parfois à tâtons pour se réinventer, se créer en l’absence de modèles
significatifs me touchent et m’inspirent un grand respect.
Qu’est-ce que la nouvelle masculinité ? Est-ce à moi de la définir ? À vous, sociologues,
anthropologues ou à vous-mêmes messieurs ? Pour ma part, j’aimerais lancer des pistes
d’action et de réflexion. Je vis entourée d’hommes. J’aime profondément l’homme avec qui
je partage ma vie et j’ai un fils, que j’aime tout autant et qui lui, partage sa vie avec
un autre homme que j’aime aussi comme un fils. Ma fille a épousé un homme adorable, avec
une sensibilité et un sens de l’humour exquis. Je me sens privilégiée car au cours de ma
vie, j’ai fréquenté des hommes que j’ai aimés intensément parfois sans les comprendre mais
toujours avec l’ouverture du cœur. Je leur suis reconnaissante pour tout ce qu’ils m’ont
apporté et surtout pour m’avoir permis d’entrer dans leur univers avec autant d’humilité
et de sensibilité. Un univers si différent du mien mais tout aussi complexe et fascinant.
Personne ne devrait laisser l’autre le définir encore moins à partir d’a priori, de généralités,
de tendances. Puisque rien n’est immuable, je m’attarderai à la dimension du changement pour
cerner l’homme dans sa réalité. En fait, comment l’homme du XXIè siècle s’adapte-t-il au
changement avec plus ou moins de bonheur ? Depuis deux générations, le changement l’interpelle,
le presse, le pousse dans ses derniers retranchements comme il nous a poussé nous, les femmes
à évoluer, à revendiquer l’égalité, l’autonomie financière, l’équité salariale, l’accès à des
métiers non traditionnels, le partage des tâches domestiques, des responsabilités parentales
et tutti quanti. L’homme grandit dans le chaos, la confusion des genres mais il finit par
retomber sur ses pattes et récupérer du pouvoir sur sa vie lorsqu’il cesse de se « victimiser ».
En d’autres mots, lorsqu’il cesse de blâmer qui les femmes, ses parents, qui la société, le
voisin de ses malheurs. Il devient une personne adulte et responsable lorsqu’il commence à
tourner le regard vers lui-même pour se définir et trouver sa véritable identité. Il s’ouvre à
sa propre sensibilité et fait confiance à son jugement au lieu d’attendre l’approbation d’autrui.
Il assume ce qu’il est et son unicité.
Comme pour l’émancipation des femmes, cela ne va pas sans heurts pour vous les hommes. Vous
l’avez déjà pressenti, il n’y a qu’un chemin, le chemin le moins fréquenté, celui de l’authenticité.
Être vrai et en accord avec soi-même et avec les autres. Ce n’est pas là un chemin facile mais en
revanche, être vrai amène plus de liberté. La fierté et l’estime de soi pavent le chemin de l’homme
qui choisit l’intégrité.
Aussi, j’observe des dénominateurs communs chez ces hommes en cheminement : l’ouverture, la tolérance,
la sensibilité qui font très bon ménage avec l’énergie, l’audace, la force. Il y a une recherche
d’équilibre entre le yin et le yang, le masculin et le féminin. Un équilibre donc qui s’intègre et
qui passe imperceptiblement dans les gestes de la vie quotidienne. Par exemple, lorsque je vois un
homme consoler doucement un tout petit, ou un autre assumer son orientation sexuelle avec dignité
et respect, démontrer un intérêt véritable à résoudre ses conflits, à faire preuve d’humilité, de
sensibilité, à être capable de s’excuser, de demander pardon, de réparer ses torts avec sincérité.
J’observe de plus en plus d’hommes qui sortent du non-dit face à la violence, qui refusent d’être
des témoins silencieux de l’abus au travail ou dans leur famille. Je vois autour de moi des hommes
qui se lèvent et marchent à côté des femmes pour lutter contre le cancer du sein, qui militent pour
la paix dans le monde. J’entends des hommes parler librement de menstruations, d’accouchement,
d’orgasme au féminin. Je vois des hommes s’émanciper des vieux stéréotypes. Ils choisissent de forger
leur propre système de valeurs plus conformes à leur nature véritable. Je vois des hommes toucher à
leur vécu, en parler et vivre avec plus d’intensité. Certains le font avec certitude et conviction,
d’autres dans le doute et la peur. Toujours est-il qu’ils avancent ces hommes en éclaireurs, précurseurs
d’un monde meilleur. Ceux-là ont toute mon admiration et mon affection. Ils me donnent confiance en la
beauté et en la pérennité du monde.